Chers proches,
Chers amis,
Je ne m’imaginais pas être là devant vous si tôt, pour dire au revoir à papa, quelques mois seulement après avoir accompagné maman en septembre dernier.
Avant toute chose, merci. Merci d’avoir été présents à nos côtés durant cette année si éprouvante. Merci d’être là aujourd’hui, pour nous entourer et partager avec nous ce dernier hommage.
Papa,
Il est difficile de résumer une vie comme la tienne. Une vie si riche, si dense, si multiple. Toi qui étais un cinéphile passionné, quel magnifique biopic aurait été le tien !
Ton film commence avec un petit garçon curieux de tout : amoureux de la nature, fasciné par les animaux d’Amérique du Nord, jouant aux cow-boys et aux Indiens avec ses frères, au football avec ses copains, et découvrant déjà le cinéma, dans les salles où l’on projetait encore des films en noir et blanc pour quelques francs.
Puis vient le jeune homme. Celui qui crée le ciné-club de son lycée, passe ses après-midi au flipper, écoute les derniers succès venus des États-Unis sur Radio Luxembourg, et part, baccalauréat en poche, récolter le tabac dans le Nebraska. Déjà, l’aventure est au cœur du scénario.
Tu incarnes ensuite le kinésithérapeute passionné par son métier, mais aussi le parachutiste du 13ᵉ RDP, toujours prêt à soigner, accompagner et relever ceux qui en avaient besoin, aussi bien sur les zones de saut qu’au cabinet.
Tu interprètes aussi le rôle du mari profondément amoureux. Tu ne tarissais jamais d’éloges sur maman, si fier de sa beauté, de son engagement de mère et de son parcours professionnel.
Mais, s’il fallait choisir le chapitre le plus spectaculaire de ton film, ce serait sans doute celui du voyageur. Seul ou avec ton épouse, tu as parcouru le monde avec la même curiosité insatiable : la Nouvelle-Zélande, le Japon, la Russie, l’Égypte, l’Alaska, le Mexique, la Suède, le Kenya… Chaque destination devenait une nouvelle scène, chaque rencontre une nouvelle histoire.
À moins que ce ne soit celui de l’entrepreneur et du pionnier, toujours prêt à innover, à ouvrir de nouvelles voies dans ton métier et à soigner tant de personnes avec Nutrilys.
Et puis il y a le rôle que nous avons eu la chance de connaître le plus intimement : celui de père et de grand-père. Tu n’as jamais cessé de transmettre. Tu savais captiver ton auditoire pendant des heures, mêlant anecdotes, énigmes et histoires improbables — comme celle des kiwis au Danemark — avec ce talent unique de rendre chaque récit passionnant.
Papa, tous ceux qui t’ont connu savent que tu avais ce don rare d’entrer en conversation avec absolument tout le monde. Le voisin, le serveur d’un café, le facteur, mais aussi le professeur Michael Crawford, Michel Polnareff, l’astronaute Edgar Mitchell, ou encore Peter Falk, dont tu fus le traducteur. Tu possédais cette intelligence humaine qui te permettait de créer un lien avec chacun, quels que soient son parcours, son métier ou son histoire.
C’est sans doute l’un des plus beaux héritages que tu nous laisses : cette capacité à nous intéresser sincèrement aux autres, à écouter, à partager et à transmettre.
Je crois que chacun, ici, pourrait raconter une anecdote, une discussion ou un moment passé avec toi. Parce que tu laissais toujours une empreinte dans la vie de ceux que tu rencontrais.
Pour Clémence et moi, il est impossible de choisir parmi tout ce que tu nous as transmis. Nous sommes, aujourd’hui, un peu de tout ce que tu aimais : la musique, le cinéma, le sport, les États-Unis, l’armée, une autre façon de soigner, la curiosité du monde… mais surtout le goût de la transmission et la force des valeurs.
Victor Hugo écrivait : « Mourir n’est pas finir, c’est le matin suprême. »
Alors aujourd’hui, le rideau ne tombe pas vraiment. Ton film s’achève, mais son histoire continue de vivre à travers ceux qui t’ont aimé, à travers ce que tu nous as transmis et tout ce que nous continuerons de faire vivre en ton nom.
Au revoir, Papa.