Papa, aujourd'hui je dois te laisser partir.Je voulais pour te rendre hommage évoquer le passé devant ceux qui t'ont connu et aimé.Tu es né en France, de parents italiens venus chercher du travail au début du siècle dernier. Depuis leurs montagnes des Dolomites,Guiseppina et Evaristo se sont installés en région parisienne.Tu n'as pas manqué d'amour dans ce foyer modeste entre tes parents et tes deux soeurs aînées, Dina et Valentine qui ont toujours veillé sur toi et dans ce quartier des italiens où vivaient la moitié de ta famille.L'école de la République t'a rendu français alors qu'on ne parlait qu'italien à la maison.Tu as vécu enfant les heures tristes de la seconde guerre mondiale, les bombardements, l'occupation, les virées à bicyclette en Normandie pour se ravitailler.Et puis le souvenir d'un soldat allemand qui te porte sur son char lorsque les troupes d'occupation rentrent dans Paris.Bon élève, tu réussis le certificat d'étude puis rentre en apprentissage à la SAGEM, entreprise d'électricité et de mécanique pour devenir fraiseur.Et tu y as fait toute ta carrière.Tu avais de l'or dans les mains comme disaient tes soeurs.Je ne t'ai jamais vu plus heureux que dans ton atelier à concevoir , réaliser, bâtir...Dès qu'un projet aboutissait, tu en imaginais un autre.Toujours pour améliorer ou agrandir les maisons que tu possèdais, dans le Val d'Oise, les Vosges, les Alpes... Et puis tu mettais tes compétences au service des autres.Je pense à toutes les heures de bricolage que tu as passé chez nous.Tu avais le sens de la famille et tu aimais recevoir. Tu étais un bon vivant et avec maman tu savais accueillir et célébrer. Tu aimais beaucoup plaisanter et refaire le monde en bonne compagnie.Tu as été un père aimant, peu démonstratif mais toujours là quand j'avais besoin de toi.Tu m'associais souvent à tes prises de décision. Je crois que tu étais fier de moi...On aura bien rigolé ensemble et tu m'auras transmis le sens du partage et le goût de la montagne.
Tu savais aussi t'engager et militer que ce soit dans ta commune ou pour défendre les intérêts des anciens combattants. A dix huit ans tu avais fait partie du contingent des appelés en Algérie et tu y es resté deux ans au péril de ta vie.La Sainte vierge t'aurait épargné grâce à sa médaille que tu portais.Tu as été président de la FNACA de nombreuses années à Montigny-les-Cormeilles. Et puis la montagne a toujours été présente dans ta vie. On a plein de beaux souvenirs de randonnées notamment un tour du Mont Blanc réalisé ensemble quand tu avais la soixantaine.C'était donc logique qu'à la retraite tu poses tes valises à Saint Gervais les Bains. Avec maman, vous avez vécu une parenthèse enchantée à Bionnay avec un nouveau projet de chalet...les jumelles braquées sur les dômes de Miage.Et puis maman s'en est allée trop tôt et le chagrin était trop grand pour rester seul au chalet...Tu es reparti en région parisienne mais ces années de solitude t'ont pesé. Il y a eu quelques embellies avec des voyages dnas les Vosges avec tes soeurs, en Corse avec Claude un cousin complice et l'achat d'un mobile home à l'île d'Oléron. Mais tu as toujours regretté de n'être pas retourné dans la Valle di Primiero, terre d'origine de tes parents. Tu y as passé de belles vacances tout au long de ta vie à renouer les liens avec ta famille italienne...A Herblay où tu résidais, l'arrivée de tes deux arrières petits fils, Gabin et Maël a rempli de vie une maison trop silencieuse. Quand tu n'as plus été capable de resté seul, tu es arrivé dans le Var dans une maison de retraite proche de notre maison. Tu t'en es accomodé. Tu étais bien entouré. Les soignants louaient ta gentillesse et ta bonne humeur.Tu venais souvent à la maison et on faisait de grandes virées en voiture dans cette belle Provence. Et moi je passais beaucoup de temps à la maison de retraite pour te faire chanter, danser, jouer et bricoler avec les autres résidents.Ce fut une belle expérience.Alors aujourd'hui où tu n'es plus là, tu laisses un grand vide. On se souviendra de tes éclats de rire, de ton humour, de tes coups de gueule, de ton appétit insatiable, de ton regard bienveillant.On se consolera en se disant que tu as e une belle vie bien remplie et que tu as été heureux.On sait que l'on pourra te faire revenir en évoquant tous ces moments partagés.On sait que tu as une place dans le coeur de chacun d'entre nous.Et puis tu m'as tenu la main dès ma naissance et je ne veux pas te lâcher. Un père c'est invincible. C'est faitpour guider, rassurer, transmettre, accompagner...Et tout au long de ma vie tu as été présent... Alors merci ! Ta présence va me manquer terriblement. Je sais que là où tu vas , tu veilleras sur moi.A tout jamais , main dans la main....
Je t'aime.
Véronique